L'histoire
01 — Lille
Où tout a commencé
J'ai grandi dans une famille marocaine à Lille, dans une maison où l'école n'a jamais vraiment été optionnelle. Mes deux parents sont profs — mon père enseigne la physique, ma mère l'arabe — et bien travailler à l'école n'était pas un choix, c'était le minimum. J'étais bon, ce qui a rendu tout ce qui a suivi plus dur à expliquer.
On est aussi une famille de migrants, et mes parents ont quitté les montagnes du Maroc pour que leurs enfants aient une chance ailleurs. Dans une famille comme la nôtre, la réussite n'est pas juste espérée. C'est presque un devoir, pour tout ce que la génération d'avant a sacrifié pour nous amener là.
Quand j'ai eu le bac en 2016, le plan était tracé : deux ans de prépa intensive en maths et géopolitique, la voie sous pression vers les grandes écoles. J'ai fait les deux ans. Je donnais aussi des cours de maths à côté pour de l'argent en plus, sans encore voir ça comme un business.
02 — Le système de raffles
Un système, pas un job
À 19 ans, j'ai monté le premier truc que j'appellerais un vrai business : un système où plus de 30 personnes participaient à des raffles de sneakers, et dès que l'une d'elles gagnait une paire, je la lui rachetais et la revendais. Ça rapportait de quelques centaines à quelques milliers d'euros par mois.
Pas énorme en valeur absolue, mais c'était la première fois que je comprenais comment un business fonctionne vraiment, au lieu de juste faire un job : acheter bas, revendre plus haut, et répéter assez de fois.
03 — L'huile d'argan
Le jour où je l'ai dit à mon père
Dire à mes parents que j'arrêtais les études a été dur d'une manière particulière. J'avais toujours été bon à l'école, et dans une maison avec deux profs, c'était un peu toute mon utilité. Le jour où je leur ai dit quand même, j'avais déjà la suite prête : une marque d'huile d'argan, lancée avec un ami en utilisant les contacts de nos familles au Maroc.
On gérait tout nous-mêmes — production, expédition, des dizaines de litres par mois en France et en Belgique. Mes parents m'ont toujours soutenu, et une fois qu'ils ont vu que ça marchait vraiment, l'inquiétude est vite retombée.
Ce qu'on n'a jamais eu, c'est le capital pour faire passer un produit physique à l'échelle, et aucun acharnement ne règle ça. C'était un bon projet. Ça m'a aussi appris ce que je ne voulais plus reconstruire.
04 — Crypto & audience
La leçon qui est restée
Le troisième projet, c'était une page média sur la crypto, couplée à une plateforme d'éducation. C'est celui qui m'a appris la leçon sur laquelle tout ce que je fais aujourd'hui repose : une audience t'amène des clients gratuitement, et les produits digitaux sont à forte marge, avec presque rien pour démarrer.
Il faut des mois, parfois des années, pour bâtir une communauté qui écoute vraiment. Une fois que c'est le cas, c'est du revenu que tu n'as plus à courir après. Vers la même période, j'ai aussi tenu une boutique en dropshipping sur des pubs Facebook et du marketing d'influence, quand c'était encore nouveau.
05 — Conseiller, officieusement
Le métier avant le métier
Vers 20 ans, sans mettre de nom dessus, j'ai commencé à faire ce qui est aujourd'hui Jbilou. Un ami qui lançait un business de service en vidéo est venu me voir avec des questions de tarifs. Un autre, qui montait une marque de contrôleurs DJ, avait besoin d'aide sur le positionnement.
J'ai dit oui, puis j'ai continué à dire oui pendant des années — aux questions de prix, aux questions « pourquoi ça ne marche pas », à tout ce qui venait ensuite. Ça n'a jamais ressemblé à un métier. Ça continuait juste d'arriver.
06 — INSEAD
Une autre pièce
À 25 ans, j'ai fait un Master in Management à l'INSEAD. C'était un saut — d'une fac française normale à une salle pleine de gens venus du MIT, d'Oxford, d'écoles dont je n'avais fait qu'entendre parler. J'y suis entré grâce à mes notes en maths et, je crois, aux trois business derrière moi.
J'étais le premier de là d'où je viens à m'asseoir dans cette salle, et je le remarquais presque tous les jours.
07 — OC&C, Londres
Apprendre à penser en lignes droites
Puis deux ans chez OC&C à Londres, en stratégie et en deals : l'IPO à plus d'1 Md£ d'un voyagiste, la cession d'un éditeur de logiciels d'achats publics en France et en Belgique, et plus de vingt missions au total.
Celle à laquelle je pense le plus, c'est la stratégie d'expansion internationale d'un opérateur de fitness britannique qui ne savait pas où aller ensuite. On a regroupé les villes par taux d'équipement en salles et pouvoir d'achat jusqu'à voir des pôles nets apparaître sur la carte. Un an plus tard, ils avaient ouvert dix clubs à l'étranger. C'est là que j'ai appris à transformer une question floue en quelque chose sur quoi on peut vraiment agir.
08 — Aujourd'hui
Traxo + Jbilou
À 28 ans, je repars construire. Traxo est un SaaS d'acquisition de clients pour les business de service. Jbilou, c'est le conseil que je fais depuis mes 20 ans, enfin officialisé — sessions et projets avec des gens qui construisent en ligne, un problème à la fois.
À partir d'octobre 2026, je documente l'année en vidéo, une fois par mois : les décisions, les chiffres, et ce qui foire, sur le moment.
09 — Pourquoi Jbilou
Le nom
Jbilou veut dire « gars de la montagne » en darija. C'est ma famille — des gens de la montagne, des générations avant Lille.
Le CV dit INSEAD et Londres. Rien de tout ça ne commence là. Ça commence avec une famille qui a quitté la montagne pour que la suivante aille plus loin. Garder ce nom, c'est rester honnête là-dessus.